Rencontre avec France Mitrofanoff

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Depuis ses débuts dans les années 70, France Mitrofanoff n’a cessé de peindre. D’abord inspirée par le mouvement Cobra, avec ses créatures étranges, elle s’en dégage pour peindre dès Villes, constructions chaotiques où se cachent les habitants, ombres dissimulées derrière les murs. Plus récemment elle a porté son regard sur la nature, en particulier les arbres. France Mitrofanoff aime les profondeurs de là forêt tantôt sombre, tantôt blanche et lumineuse. Ses tableaux expriment le mystère de la vie dans une quête de l’inexplicable.

En attendant sa nouvelle exposition à Paris, à la Galerie Rauchfeld, intitulée ‘Le dialogue de l’arbre’, Karine Hetherington, d’artmuselondon, est allée la voir dans son atelier.

 

France Mitrofanoff, pourquoi avez-vous intitulé votre nouvelle exposition à la Galerie Rauchfeld: ‘le dialogue de l’arbre?’

Je travaille depuis plusieurs années sur la forêt. L’arbre  qui est notre refuge, puisqu’il nous abrite de la pluie , comme des rayons ardents du soleil,  m’intrigue car nous connaissons peu de chose sur lui. Dans son poème « le dialogue de l’arbre » Paul Valery donne la parole au Pâtre Tityre et au philosophe Lucrèce qui nous raconte le murmure du vent, le bruissements des insectes dans ses feuillures. Ce texte magnifique m’a incitée à donner vie a mes arbres en écrivant sur l’écorce des lambeaux  de ce poème.

Qui vous a inspiré ou qu’est-ce qui vous a décidé à vouer votre vie à la peinture?

Je n’ai pas choisi d’être peintre, je suis née peintre.

 Il est vrai que j’ai vu toute ma jeunesse mon père s’installer le dimanche avec ses peintures sur la table de la salle a manger et agrandir soigneusement une carte postale de Paris achetée le matin  même, s’isolant dans son univers  que personne n’aurait imaginé troubler.

Il nous a d’ailleurs laissé une collection des vues de Paris, parfois maladroites, mais empruntées d’une ambiance poétique et mélancolique qui me touche.

Une journée typique pour vous…?

Toutes mes journées se ressemblent. Je ne résiste pas au désir de me rendre aux Frigos (anciennes chambres froides de la SNCF transformées en atelier d’artistes et d’artisans). C’est là que se trouve mon grand atelier chargé de quarante années de peintures . Là m’attend ma dernière toile en cours de travail qui m’inquiète tant qu’elle n’est pas terminée.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment?

Je travaille toujours sur la forêt, mais je sens naitre un secret désir de retrouver un thème que j’ai a peine ébauché et que j’aimerai poursuivre : « les ruines envahies de nature ». 

On reste donc dans la forêt.

Etes-vous devenue mystique?

Si être mystique consiste a aller toujours chercher au-delà des apparences des vérités qui ne sont pas dites, des mystères cachés que l’on ne comprend pas avec l’intellect mais que l’on  subodore avec  l’intuition, alors oui je suis mystique. Pas au sens religieux, mais plutôt philosophique.

Avez-vous eu des moments difficiles dans votre carrière artistique? 

Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu des moments difficiles sur le plan de la création .

Sur le plan matériel, des difficultés d’atelier m’ont permis de connaître des populations très diverses comme « les  gens du fleuve », ces personnes qui habitent sur des péniches et qui ne ressemblent en rien aux autres parisiens. Ne trouvant plus d’atelier bon marché j’avais acheté dans les années 90 une péniche, la Monique, datant de la première guerre mondiale, amarée quai Conti face a l’ile de la Citée sur laquelle j’ai installé mon travail de peintre. 

J’ai découvert , naïve comme je l’était que la Seine montait sur le quai en hiver au gré de différentes crues. J’ai compris très vite que la solidarité qui s’exprimait, alors, entre voisins de péniche n’était pas un vain mot.

 

Avez-vous accompli tout ce que vous voulez accomplir dans votre travail artistique?

Surement pas. On court toujours après une toile que l’on ne fera jamais. Seule la fin de la vie vous guérit de cette obsession.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune, qui souhaite se lancer dans la peinture?

Apprendre un métier qui demande les mêmes compétences techniques que celles de l’artiste et qui permette de s’assumer financièrement  afin de louer son atelier, acheter son matériel de peintre, et se nourrir. Les métiers de passion comme la peinture ne permette pas de vivre, il est  nécessaire d’avoir deux métiers si l’on veut rester libre dans sa création.

L’enseignement est une bonne réponse a ce problème.

Admirez-vous des peintres anglais? Qu’est-ce que vous avez vu comme exposition dernièrement à Londres?

L’histoire de la peinture est immense. Il y a dans chaque pays des artistes passionnants. En Angleterre j’admire surtout Francis Bacon et Henry Moore.

Le peu de temps passé a Londres cette fois-ci m’a permis de voir une jolie exposition à la Serpentine. Albert Oehlen que je ne connaissais pas.Une très mauvaise exposition de Olafur Eliasson au Tate Modern. Et William Blake, toujours impressionnant, au Tate Britain.

France Mitrofanoff expose à la galerie Rauchfeld, 22 rue de Seine, Paris 75006, du 24 janvier au 7 février 2020. (Vernissage le 23 janvier) 

France Mitrofanoff: https://bit.ly/2T5ZALB. France Mitrofanoff Whoozart tv

Interview with artist France Mitrofanoff

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French artist, France Mitrofanoff, has a vast body of work behind her, having commenced her career in the 1970s, a time when she was painting monsters. Her interest turned to modern cities under construction. I remember her eerie-looking inhabitants, staring out at me from dark corners of the canvas. In the past decade she has turned the attention away from urban living to the cosmos and nature. Her large canvases, more often or not, pulsate with life and energy. Mitrofanoff’s spray of colour is astounding, but she is not afraid to explore the darker palette. Her monochrome forests or depictions of the cosmos are a celebration of nature’s awe-inspiring power..

Intrigued by this prominent,  award-winning French artist, who is virtually unknown over here, Karine Hetherington from artmuselondon.com went to interview her at her Paris studio where she is preparing her latest show.

France Mitrofanoff, why have you used the title: ‘le dialogue de l’arbre’ , ‘talking trees’ for your latest show?

I have been painting forests for many years now. The tree is our refuge as it shelters us from the rain and the strong rays of the sun. What intrigued me, is that we know so little about trees. I was inspired by a poem by Paul Valéry*, ‘le dialogue de l’arbre’ , which he wrote in 1943. I was very moved by the words.The wonderful text brings the tree to life and so I decided to ornament the barks of the trees I painted with sections of the poem.

What inspired you, or who inspired you, to devote your life to being an artist?

I didn’t choose to be an artist. I was born that way. However, it is true that during my youth, my father, set up his paints on the dining room table every Sunday. Taking his inspiration from a postcard he had bought that day, he locked himself away and no one would dare disturb him.

He left behind, when he died, a collection of views of Paris. Some paintings were a little clumsy, but all his work was imbued with a poetry and melancholy which touches me to this day.

What is a typical day for you?

My days are similar. I can’t help but make a long journey across Paris to the east of the city, to my studio. It is housed in a large building called ‘Les Frigos’ which the SNCF rail company used for refrigerating goods for many years! My studio is large and is on the top floor. In it I store my canvases from the last 40 years. 

Today I’m staring at my latest canvas which is giving me grief!

What are you working on at the moment?

I am still working on forests. However I have a secret desire to take up again on a theme I had barely started, ‘nature taking over ruins’

Looking at your work, I see the mystic in you?

If you mean that I’m always searching for hidden truths or mysteries that cannot be explained with the intellect, only with intuition, then I’m a mystic! So not in a religious sense but in a philosophical sense.

What challenges have you faced during your artistic career? 

I have never had problems on the artistic level.

They were always on the material level – yes. For a long time, I couldn’t afford a normal studio but found another solution by buying a WW1 barge, ‘la Monique’. I was terribly naive as to the challenges of the river Seine and its tides!

Have you accomplished artistically what you set out to do?

No of course not! The artist always is in search of the elusive work that he will never succeed in painting. This obsession dies only when you reach the end of your life.

What advice do you give young artists?

I advise them to have two jobs!  Firstly to have a job which requires the same skills as an artist, for example teaching. You need a job to pay the studio, your materials and to eat. Being solely an artist does not allow you to live. Having a job which pays the bills and more, allows you more creative freedom.

Do you admire any British artists? What exhibition did you see when you were last in London?

I love Francis Bacon and Henry Moore.

Last November I saw a good exhibition by Albert Oehlen at the Serpentine Gallery. A very bad one, Olafur Eliasson at the Tate Modern. And I always find William Blake impressive, who was on at Tate Britain.

France Mitrofanoff will be exhibiting at the Galerie Rauchfeld, 22 rue du Seine Paris 75006, Paris from 24th January – 7th February 2020.

*Paul Valéry 1871-1945 French poet, essayist and critic.

Film in which we see artist, France Mitrofanoff, the studio and her work: https://bit.ly/2T5ZALB. France Mitrofanoff Whoozart tv